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Fév 01

Les 5 secrets de jardinage que j’aurais aimé partager avec les Incas

 

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Les Incas, vivants dans la Cordillère des Andes, sont un peuple précolombien que l’on ne présente plus. Très connus pour leurs temples, leurs cérémonies religieuses et surtout leurs mythiques trésors, ils ont inspiré bien des histoires, romans et films. Toutefois, il est une chose que peu de gens savent sur eux mais qui pourtant constituent sans doute leur plus grand savoir et la base de leur prospérité : les Incas étaient des cultivateurs de génie, bien avant même que l’agronomie ne soit inventée.

Et pourtant, le milieu était loin d’être favorable à la pratique agricole. Un sol pauvre, des ressources en eau extrêmement limitée, une topographie vertigineuse, des conditions climatiques très contrastées, et j’en passe. Voici à peu de choses près, les conditions de vie des Incas au XVIIIème siècle. Dans un tel contexte, difficile d’imaginer pouvoir cultiver quoique ce soit. Et c’est précisément, ces conditions extrêmes qui ont poussé les Incas à développer un savoir inouï en matière de culture, basé sur une grande ingéniosité, une observation fine de la nature et sur le développement d’une véritable science de l’agriculture.

Certains de ces savoirs ont perduré, d’autres réapparaissent au gré des fouilles menées sur leur territoire mais il y a fort à parier que beaucoup sont désormais perdus à jamais. Je donnerais beaucoup pour connaître leurs secrets sur …

 

La permaculture d’avant-l’heure

Les conditions andines ont forcé les Incas à composer avec leur environnement pour pouvoir se sédentariser et vivre de leur agriculture. La première contrainte était bien entendu de devoir cultiver un milieu très accidenté où le sol fertile ne pouvait se constituer car il était sans cesse soumis aux glissements de terrain et autres éboulements. Les Incas ont alors imaginé un système de culture en terrasses (les Andenes) créant ainsi des surfaces planes étagées sur les flancs de montagne que l’on peut encore admirer de nos jours. Le principe est simple, des murs en pierre de 2 à 3 mètres sont érigés en ceinture de montagne et l’espace est comblé avec de la terre.

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Les andenes ont permis aux Incas de cultiver les flancs de la montagne !

 

 

Combien d’autres stratagèmes encore ont pu être imaginé par les Incas pour vivre en harmonie avec leur environnement pourtant inhospitalier ? Voilà bien le premier secret que j’aurais aimé connaître d’eux.

 

Gestion de l’eau

Quel jardinier moderne ne s’est pas posé la question de la gestion de l’eau dans son potager et plus largement dans son jardin. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous équiper de réserves d’eau de pluie et c’est très bien, mais nous sommes loin d’avoir inventé ce concept. Encore une fois, les Incas ont fait preuve d’une ingéniosité à toute épreuve en matière de gestion de l’eau dans un milieu aussi hostile où l’eau, rare, est pourtant indispensable pour cultiver de quoi se nourrir. C’est dans ce contexte qu’ils ont imaginé un système complexe de réseaux d’aqueducs et de canaux à étages parcourant des dizaines de kilomètres afin d’irriguer leurs cultures.

On découvre encore aujourd’hui ces systèmes complexes d’irrigation mais que savaient-ils que nous ignorons encore ? A nouveau, un secret que j’aimerais partager avec eux…

 

Association des cultures

On le sait bien maintenant, les Incas étaient les rois de l’association des cultures afin de tirer bénéfices des interactions mutuelles qu’ont les plantes et d’optimiser l’espace au potager. Ce concept a été largement popularisé par les fameuses « 3 sœurs » : le maïs, les haricots et les courges. Cet exemple illustre très bien l’optimum que l’on peut obtenir d’une association de culture : les plants de maïs servent de tuteurs aux haricots grimpants qui fertilisent le sol grâce à leurs nodosités caractéristiques des légumineuses, capables de fixer l’azote, fertilisation très bénéfique notamment pour les courges poussant au pied et dont l’imposant feuillage permet de réguler la température et l’humidité du sol. Chaque plante dans ce « micro-écosystème » bénéficie donc de la présence de ses voisines en apportant elle-même ses bienfaits.

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Mais, haricots et courges se cotoient et s’aident mutuellement, ce sont les fameuses trois soeurs (crédit photo : Isabelle Fragniere)

 

Combien d’autres exemples de ce type jalonnent la route des cultivateurs Incas ? Encore un secret que j’aurais souhaité qu’ils m’enseignent !

 

Acclimatation

Non seulement les Incas étaient doués pour cultiver et maintenir leurs variétés ancestrales, mais on suppose également qu’ils expérimentaient énormément. N’oublions pas qu’un grand nombre des légumes que nous connaissons actuellement sont un jour passé par leurs mains expertes : piments, courges, haricots, maïs, pomme de terre, physalis, tomates afin de sélectionner des variétés sans maladies et adaptées  ! Et pour en arriver là, on pense que les Incas ont utilisé les andenes pour pouvoir jouer sur les conditions de culture et parvenir à acclimater et sélectionner les plantes cultivables. En effet, des études récentes ont montré que chaque étage était caractérisé par des conditions climatiques propres : température et hygrométrie notamment variaient selon la position des andenes sur le flanc de la montagne.

On pense même que par endroit, où les variations climatiques sont phénoménales entre le jour et la nuit, les Incas ont imaginé un système de culture sur ilots entourés d’eau. Durant la journée, l’eau évaporée venait se condenser sur les tiges et les feuilles et toutes les parties aériennes des plantes. Puis à la nuit tombée, lorsque les températures chutaient en dessous de zéro, cette pellicule d’eau venait à geler constituant ainsi une enveloppe de glace protégeant les tissus de la plante des dégâts du gel. A la manière d’un igloo en quelque sorte.

Combien d’espèces les Incas avaient-ils réussi à acclimater mais ne sont pas parvenues jusqu’à nous ? Comment s’y prenaient-ils exactement ? La liste de leurs secrets s’allonge et peut-être ne seront-ils jamais révélés.

 

Conservation des aliments

Enfin, malgré tous leurs efforts pour parvenir à cultiver de quoi se nourrir malgré les conditions extrêmes auxquelles ils faisaient face, il arrivait que des évènements climatiques viennent perturber certaines années de culture, diminuant les rendements. Les Incas ont donc beaucoup travaillé sur la conservation des aliments les années d’opulence afin d’en constituer des réserves. Ils ont par exemple, développé un processus de conservation des pommes de terre surprenant. Naturellement toxiques du fait de la présence en grande quantité de solanine, les Incas ont observé que les pommes de terre devenaient comestibles après une alternance de lessivages, séchages au soleil et congélation dans la glace des tubercules. Cette méthode de détoxification et conservation des pommes de terre est d’ailleurs toujours pratiquée par les peuples Quechua actuels.

D’une manière plus générale, les Incas ont mis au point des techniques de séchage des aliments perfectionnées permettant de conserver longtemps leurs aliments.

Bien plus modestement, nous sommes un peu tous dans cette optique de vouloir conserver les aliments que nous produisons en grosses quantités durant la belle saison et je suis certain que sur ce point aussi, les Incas auraient encore quelques secrets à nous révéler…

 

Cet article participe à l’événement inter-blogs « Les 5 choses que j’aurais aimé que l’on me dise avant de commencer mon potager » organisé par le blog PotagerDurable. Pour découvrir ce qu’ont écrit les autres blogueurs, cliquez sur ce lien : Voir la liste des articles participants.

 

 

4 commentaires

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  1. Maud

    Bravo pour cet article.
    La Culture des Incas a toujours été vraiment fascinante pour moi, humble passionnée de jardin naturel.
    Ils faisaient preuve d’une telle ingéniosité que, parfois, cela dépasse l’entendement !
    Encore merci.
    Maud Haute-Savoie

    1. Romain
      Romain

      Bonjour Maud,

      On ne peut être qu’émerveillé devant cette civilisation et son savoir faire ! :)

  2. magda

    je vais tenter cette année la culture des 3 sœurs dans un de mes carrés potagers, j’aimerai bien connaître d’autre façon de cultiver à la manière inca.
    merci en tout cas cet article est fort intéressant.

  3. Jardinerfuté

    Super article hyper intéressant et très bien écrit !

    Les incas avaient de la ressource en matière d’agriculture durable et de permaculture. J’adore la milpa (dont je parle sur mon blog aussi d’ailleurs), c’est une association pleine de bon sens !
    Jardinerfuté Articles récents…La permaculture, qu’est-ce que c’est ?My Profile

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