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Mar 20

Faut-il cultiver son potager sur buttes ?

allée BRFLa tendance actuelle chez la plupart des jardiniers en permaculture et en bio est assez tranchée : bien sûr qu’il faut cultiver sur buttes. Les avantages sont nombreux, les inconvénients minimes et les rendements extraordinaires. Mais qu’en est-il vraiment?

 

Les buttes au potager

Quelles soient de type Hugelkultur, en lasagnes, ou simplement faites de terre, plates ou arrondies, les buttes ont une caractéristique commune : elles forment des entités surélevées par rapport au reste du terrain dans lesquelles les cultures trouvent place. Les méthodes de création de buttes sont très diverses, mais globalement on lit qu’il faut :

  1. Délimiter le futur emplacement des buttes et des allées
  2. Décaisser et réserver les premiers centimètres du sol, les plus riches en vie et ne devant pas être enfouis
  3. Creuser les allées et utiliser la terre retirée pour monter les buttes
  4. Finir les buttes en déposant à la surface la terre retirée à l’étape 2

Ca ne parait peut être pas comme cela, mais à la main c’est un travail titanesque. N’imaginez pas vous en tirer sans ampoules aux mains ! Mais en théorie le jeu en vaut la chandelle car on tire de nombreux bénéfices de ce mode de culture : hormis le travail de départ, les buttes ne sont jamais labourées ; de par leur forme, les buttes se réchauffent plus vite au printemps et l’eau y est mieux drainée ; la profondeur de sol est augmentée pour les racines des plantes ; la forme arrondie permet d’augmenter la surface potentiellement cultivée ; la fertilité est augmentée ; et j’en passe.

 

Potager_buttes (18)

Les buttes permettent d’augmenter la surface cultivable grâce à leur forme arrondie. Ici les légumes sont bien plus rapprochés qu’en culture à plat.

 

Un sol très chamboulé

Si les buttes sont un moyen d’éviter le labour et de préserver le sol, c’est loin d’être le seul. On peut tout à fait avoir une culture à plat sans travail du sol avec le jeu des engrais verts, paillis permanents et la préservation de la vie du sol qui travaille pour nous. De plus, cet argument n’est qu’en partie valable pour une butte, car lors de son montage, le sol est profondément chamboulé dans sa structure, sa physico-chimie ainsi que sa biologie. Et cela peut prendre de nombreuses années avant de retrouver un équilibre.

 

La matière organique ne doit jamais être enfouie

Il s’agit là d’un concept écologique fondamental. Pour avoir lieu correctement, la décomposition de la matière organique doit se faire en présence d’oxygène car les micro-organismes décomposeurs sont aérobies, c’est à dire qu’on les trouve dans les milieux oxygénés (pour plus d’infos, je vous renvoie sur l’encart entre guillemets vers la fin de mon article sur la plantation des tomates concernant le fait de jeter une poignée d’ortie dans le trou de plantation).  Claude et Lydia Bourguignon le martèle dans leurs interventions, “l’un des grands torts du labour est d’enfouir la matière organique en profondeur, là où elle ne pourra être décomposée”. Or, c’est exactement ce qui est fait dans le cas de nombreuses buttes.

Si l’on observe le fonctionnement naturel de nos écosystèmes, la matière organique morte chute sur le sol où elle est dégradée et progressivement intégrée au sol par l’action de sa faune. Enfouir volontairement de la matière organique en profondeur dans le sol comme il est souvent conseillé est donc une aberration.

Attention toutefois, je modère mon propos par le fait que dans certaines buttes, la matière est simplement recouverte d’une couche relativement mince de terre. Elle est donc en contact de l’oxygène du sol qui permet sa décomposition. En revanche, si vous enfouissez un tronc à 60 cm sous terre comme on le lit parfois, alors non, la décomposition ne peut se faire !

 

Potager_buttes (6)

 

Les buttes sont une exception répondant à certains cas de figure et non pas une généralité à adopter

Alors finalement, faut-il, ou non, faire des buttes au potager? Et bien, il n’existe pas de réponse tranchée (ou buttée =) ). On se demande d’ailleurs comment on peut conseiller, au nom de la permaculture, de créer des buttes partout alors que l’idée même de la permaculture est qu’il n’existe pas de solutions universelles mais qu’il faut toujours s’adapter au contexte.

Hormis le fait d’enfouir de la matière organique en profondeur, ce qui ne doit jamais être fait, les buttes peuvent être intéressantes dans certains cas de figure. Par exemple, dans des terrains très pauvres avec de faibles profondeurs de sol il est utile d’augmenter cette profondeur par l’intermédiaire de buttes. De la même façon, la faculté de drainage des buttes s’avère intéressant dans les sols gorgés d’eau ou les terrains régulièrement inondés.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’on trouvait traditionnellement ces modes de cultures en zones très humides. Le bon sens paysan était alors à l’œuvre pour concevoir une méthode à même de répondre aux conditions très particulières de leur terrain. Car en effet, si en terrain humide la butte permet un meilleur drainage, ou en d’autres termes, une meilleure évacuation de l’eau, elle le permet également en terrain plus sec où l’on a tout intérêt à conserver l’eau dans le sol justement !

 

Alors, avant de vous lancer dans un travail aussi important, au risque de vous décourager voire de vous esquinter la santé, posez vous la question de savoir si c’est réellement nécessaire ! Parfois, la fainéantise a du bon =).

 
 

11 commentaires

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  1. Marie

    Bonjour, et bien pour ma part je fais mes buttes pour mon premier petit potager, mais je pense que c’est justifié. Comme de toute façons je fais des terrasses sur une pente, ce n’est pas bcp plus de travail quitte à chambouler la terre. Mon terrain argilo calcaire est vraiment pauvre. Je n’enfouis pas de grosses branches, ni très profond (avec foin, compost dessus et à peine 30 cm de terre. Donc j’espère que ça marchera et que le sol reprendra rapidement vie ! On lit en effet beaucoup d’articles contre les buttes ces derniers temps, mais comme vous dites il faut voir au cas par cas et de quelles buttes on parle.

    1. Romain
      Romain

      Bonjour,

      En effet, dans votre cas, les buttes me semble apporter un vrai plus. Il ne s’agit pas d’être fermé aux buttes, juste de les appliquer après réflexions !

      J’espère que votre potager vous comblera !
      Romain

  2. Diffie

    bonjour, pour ma part je fais des « bûches ».

    Il s’agit de bûches de bois type « pour feu de cheminée » ou de tronçons de grosses branches ou de petits troncs que je laisse mûrir dans quelques coins ombragés jusqu’à ce qu’y apparaissent les premiers champignons.

    Je les récupère alors, au rythme de ce mûrissement, et les pose au sol, en ligne, mais espacés, je les recouvre au fur et à mesure des déchets de la cuisine et de ceux du jardins, sur à peu près leur hauteur et aussi sur le coté, comme le nappage des bûches de Noël. Elles sont donc environ deux fois plus longues que larges. Je laisse un espace entre elles. Cela ressemble à un rampart de château fort avec ses créneaux.

    Si je produis des déchets plus vite (automne, feuilles mortes, tontes) que je n’obtiens de bûches mûres, je les répands sur les autres bûches où cette couverture aurait trop diminué ou bien dans les « allées ».

    Le jardin initialement plat devient de plus en plus une alternance de créneaux et d’allées (créées par contraste).

    Je plante des tomates ou autre végétal haut au pied sud des bûches, ou entre elles (le bas des créneaux) pour leur faire de l’ombre, des salades ou autre sur la bûche et à son nord pour être ombragées, les légumes racines dans les « allées » puisqu’ils ne traverseraient pas le coeur en rondins des bûches. Cela dépend de la position des « pas japonais » que j’avais initialement disposés pour me déplacer dans le jardin sans devoir marcher sur le sol et risquer de le compacter.

    Lorsque le coeur des premières bûches sera consommé, je ne sais pas si je les remplacerais ou si je créerais les nouvelles dans les allées à leur croisement au bas des créneaux, ainsi apparaîtront au fil du temps des bandes perpendiculaires aux allées actuelles, puis à la fin de ce cycle des allées et des créneaux perpendiculaires à leur direction d’aujourd’hui. L’idée étant d’utiliser le sol sans doute très fertile sous les anciennes bûches. Cela ne changera pas grand’chose en terme d’expositions solaire puisque je n’ai pas de butte continue, juste des tas assez peu élevés.

  3. Caroline

    Bonjour,
    Votre description de votre jardin m’intéresse beaucoup, cependant, j’ai de la peine à le visualiser.Auriez-vous la possibilité de mettre des photos, car je cherche des idées pour créer mon potager.
    Je vous souhaite une belle soirée.

    1. Romain
      Romain

      Bonjour Caroline,

      En effet, je n’aime pas trop les photos en vue d’ensemble, je préfère les macros ! Je vais essayer d’y penser cette année.

      A bientôt,
      Romain

  4. Paluch

    Bonjour Romain,

    Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis dans ton article, les buttes sont une technique utile dans des certains cas mais pas tout le temps.
    L’un des fondement de la permaculture est d’observer attentivement son terrain pour créer une conception « design » adaptée à son environnement qui d’un jardin à l’autre pourra variée énormément.
    Ceux qui veulent des buttes à tout prix sans se poser la question si elles seront réellement utiles dans leur jardin, devraient prendre le temps de réfléchir par eux mêmes au lieu d’appliquer à la lettre les dires de tel ou tel auteur !

    1. Romain
      Romain

      Bonjour,

      Merci pour ton commentaire et content de voir que vous êtes plusieurs à penser comme moi :). Je ne connaissais pas ton blog, je viens d’y jeter un oeil, c’est une très bonne adresse à suivre !

      A bientôt,
      Romain

  5. robby

    bonjour,

    cela fait 10 ans que je cultive en buttes , je n ai jamais beché ni méme arrosé une seul fois pas d angrais ni pesticide
    et les recoltes sont toujours aussi abondantes.
    le fait de ne pas becher cree un microsysteme qui nourri la terre

  6. WINDELS Martin

    Bonjour,
    Je m’intéresse à la permaculture. Cela me semble (je débute) être une technique où je vais nourrir le sol et non mes plantes, c’est le sol qui va s’en charger ou plutôt la plante qui va y prendre ce dont elle a besoin.
    Mon problème actuellement, c’est de trouver une méthode afin de cultiver (sans bêcher car je n’en ai plus la force) un jardin que je viens de récupérer et qui a été à l’abandon pendant des années. J’ai tout coupé : arbres, arbustes, ronces…..
    Je pense de tout recouvrir de paille avec un léger crottin de cheval et de laisser ainsi pendant quelques mois tout en combattant la ronce et autre sureau. Je pensais y planter des pommes-de terre afin de couvrir et de faire une petite récolte.
    Des conseils ?
    J’habite entre la Pays-Bas et les Hauts de France à 15km de LILLE en BELGIQUE.

    1. Romain
      Romain

      Bonjour Martin,

      En effet, si vous ne souhaitez pas bêcher pour préparer votre terrain au début, il vous faudra récouvrir d’une bonne couche de matière (fumier, compost,…) puis d’un copieux paillis organique. Il vous faudra probablement attendre un an comme cela, pour avoir une terre prête au printemps prochain. Cela revient un peu à la méthode que j’utilise pour créer un potager sur du gazon :
      http://tousaupotager.fr/creer-potager-sur-gazon/

      A bientôt,
      Romain

    2. Yvan

      Pourquoi avoir abattu TOUS les arbres et arbustes…?

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