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Fév 07

La rotation des cultures au potager : comment ça marche? (1/2)

La rotation des cultures, tout le monde en parle, tout le monde dit que c’est primordial mais très peu l’appliquent vraiment (du moins dans les règles de l’art). Pourquoi ? Eh bien, ne nous leurrons pas, parce que c’est un vrai casse-tête ! Cette année, je me suis fait la remarque que je ne pratiquais que très peu cette rotation et j’ai commencé à réfléchir à comment m’améliorer sur ce point. Je n’ai pas été déçu par mes recherches… On trouve tout et son contraire dans les bouquins et sur internet donc j’ai arrêté là et j’ai réfléchi par moi-même (quand faut y aller faut y aller…).

Je ne vous garantis pas l’exactitude de ce qui va suivre (comme ce qui est dit partout remarque) mais vous livre mon ressenti et ma façon d’aborder cette question. En écrivant cet article je me rends compte qu’il est très long, mais il y a tant à dire que je ne savais pas comment faire plus court ! J’ai donc préféré le couper en deux pour rendre la lecture plus agréable ! Dans le prochain épisode, vous saurez si c’est réellement nécessaire de mettre en place une rotation de cultures au potager. Je sais faire monter le suspense hein =).

 

Pourquoi faire tourner ses cultures ?

Sur le principe, il faut bien l’avouer, la rotation des cultures est bien pensée et sûrement indispensable dans le contexte pour lequel elle a été imaginée : les grandes cultures ! A mon sens, il y a trois grandes motivations à pratiquer une rotation des cultures.

  • Limiter les carences du sol : on le sait, tous les légumes (et plus largement, toutes les cultures) ne puisent pas les mêmes minéraux dans le sol, ni les mêmes quantités. Ainsi, alterner les cultures d’années en années permet d’homogénéiser les pertes en minéraux du sol et limite l’appauvrissement progressif de tel ou tel élément. Toutefois attention, la seule rotation ne permet pas à un sol de régénérer ce qu’on lui prend ! Une fertilisation bien réalisée est indispensable !
  • Limiter la pression des maladies et ravageurs : en maintenant tous les ans, au même endroit une culture identique, vous facilitez la tâche de ses ennemis. A l’automne, ils n’ont qu’à s’enfouir dans le sol ou aller hiberner à quelques mètres de là puis ressortir au printemps où ils trouveront sans difficultés ce que se mettre sous la dent. En changeant l’emplacement des cultures en revanche, ils seront à nouveau obligé de se remettre en quête de leur culture favorable et c’est autant de temps gagner pour nos légumes ! Parfois même cela suffit à endiguer une maladie. Par contre, il faut veiller à ne pas tout mettre dans le même panier et il est nécessaire de se renseigner un peu avant. Par exemple, j’entends souvent qu’il ne faut pas mettre de pommes de terre après les tomates car elles sont tous les deux sujettes au mildiou. C’est vrai, sauf que le mildiou de la pomme de terre et celui de la tomate sont très différents ! Donc pas de crainte à avoir de ce côté-là.
  • Généraliser l’utilisation des engrais verts : en les incluant dans un système de rotation sur cinq ans par exemple, on s’oblige à utiliser les engrais verts. Sans rotation, on a un peu tendance à les oublier (au moins ceux de printemps) au profit de plantes consommables (le bénéfice est plus palpable) alors que leur usage est réellement bénéfique.

Phacélie

Les bienfaits d’une rotation des cultures bien ordonnée sont donc étayés par des arguments de poids. Toutefois, je ne suis pas certain que ces arguments nécessitent de se casser la tête pour nos modestes potagers. Même les plus grands d’entre eux, ne sont rien en comparaison des parcelles de grande culture.

 

La rotation des cultures, comment ça marche ?

En théorie, rien de plus simple. Pour toutes les raisons citées précédemment, on essaie de ne pas faire revenir un même légume au même emplacement avant un certain nombre d’années. Simple, n’est ce pas ? Mais pensez à la concrétisation de la théorie… C’est là que ça se complique. La preuve en est, aucune source ne s’accorde sur la question. De mes recherches, je peux retirer trois grandes façons d’orchestrer une succession des cultures :

  • Par famille botanique : il s’agit de la rotation la plus couramment présentée et préconise de catégoriser les légumes selon leur famille. L’hypothèse étant que des légumes d’une même famille ont globalement des besoins similaires et des ennemis/maladies identiques. On sépare ainsi les alliacées (poireau, ail, échalote, …), les apiacées (carotte, céleri, …), les brassicacées (chou, radis, navet, …), les cucurbitacées (courge, concombre, melon, …), les fabacées (pois, haricot, fève, …) et les solanacées (pomme de terre, tomate, aubergine, piment, …) pour ne citer que les plus grandes familles mais il en existe encore d’autres !
  • Par type de légume : il s’agit à mon sens de la plus simple à mettre en place et divise les légumes selon la partie consommée, à la manière du jardinage avec la lune. Ici, l’hypothèse est que ces catégories comportent des légumes puisant globalement les mêmes éléments dans le sol. On sépare donc les légumes fruits (pois, tomate, courge, poivron, …), les légumes feuilles (épinard, chou, salades, …) et les légumes racines (navet, carotte, betterave, ail, …).
  • Par gourmandise : celle-ci on la retrouve assez peu car elle est vraiment difficile à quantifier. Il s’agit ici de diviser les légumes selon leurs besoin vis-à-vis du sol : légumes gourmands (courge, tomate, chou, …), légumes peu gourmands (navet, oignon, poireau, …) et les légumes enrichissants (pois, haricots, fèves, …).

Dans ces systèmes, on conseille donc de diviser notre potager en autant de parcelles de taille identique que de catégories de légumes (une parcelle = une catégorie), puis d’échanger d’années en années la position des légumes au sein de ces parcelles. Ce qui donnerait par exemple avec la rotation par type de légumes une division du potager en 3 parcelles (4 si l’on inclut les engrais verts dans la rotation) avec :

  • Année N : parcelle A = légumes fruits, parcelle B = légumes racines, parcelle C = légumes feuilles
  • Année N+1 : parcelle A = légumes feuilles, parcelle B = légumes fruits, parcelle C = légumes racines
  • Année N+2 : parcelle A = légumes racines, parcelle B = légumes feuilles, parcelle C = légumes fruits

 

Et vous, quelle rotation pratiquez vous? Pour connaitre ma façon de voir les choses sur la rotation, je vous invite à lire la seconde partie de cet article ! 

17 commentaires

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  1. Madorre

    Salut Romain,
    Merci pour ce super article bien clair :) Tu as raison, je viens de terminer mon plan et la rotation des cultures n’est pas simple mais il faut prendre le coup de main !
    Belle journée,
    Bises,
    Julia.

    PS: je me permets de rajouter un lien vers cet article sur mon article du Plan 2014 du potager de Madorre :)
    Madorre Articles récents…Tour d’horizon des récoltes de MadorreMy Profile

    1. Romain
      Romain

      Salut Julia,

      Merci beaucoup pour le lien, tu fais très bien :). Pour moi la rotation, c’est terminé, trop compliqué :). Mais vous en saurez plus bientôt !

      Bon dimanche,
      Romain.

  2. Dominique

    Article très bien documenté.
    J’espère que vous avez une meilleure météo que nous en Bretagne.
    Espérons que ça va s’améliorer pour commencer les travaux au jardin…
    A bientôt.
    Dominique.

    1. Romain
      Romain

      Bonjour et merci pour le commentaire :).

      Je suis en Bretagne aussi, et la météo n’est guère plus clémente, nous sommes inondés dans bien des endroits.. Alors, je me rattrape sur le jardinage intérieur et les premiers semis ! Mais comme vous dites, j’espère que le temps va s’améliorer et que l’hiver va enfin arriver car je crains qu’il ne soit trop tardif et n’entraine de gros dégats…

      A bientôt,
      Romain.

  3. LILLYCAT

    Bonjour Romain,
    je suis toujours épatée par le sérieux de vos recherches et l’humour de vos écrits, bravo!
    J’en suis arrivée aux mêmes conclusions que vous en ce qui concerne la rotation des cultures. De toutes façons, avec un minuscule jardin, tout est toujours à côté de tout (et les maladies ou parasites n’ont pas besoin d’être des marathoniens pour trouver leur repas à trois mètres!)
    Néanmoins, j’aimerais un conseil concernant des fraises. En place depuis 5 ans sur bâches, je pense les déménager au printemps car elles ne sont plus très performantes, (c’est vieux 5 ans pour une fraise?!). Que mettre à la place, sur une terre qui n’a pas vu le soleil depuis longtemps ? Je me pose la question…
    Bonne journée à vous et aux autres lecteurs
    A bientôt

    1. Romain
      Romain

      Bonsoir !

      Et bien, merci pour ce commentaire qui met du baume au coeur :) C’est toujours agréable de voir que ce que l’on écrit vous plait !

      Pour les fraisiers, 5 ans ça commence à faire oui, je les change tous les 3 ans moi mais ça peut encore attendre 1 an de plus. Mais plus que les déplacer, il faudrait surtout renouveler et rajeunir la fraiseraie. Si vous ne souhaitez pas racheter de plants, il faudra attendre l’automne prochain.

      Pour la suite, je mettrais soit une culture d’engrais verts (un biomax phacélie, vesce de printemps, moutarde blanche et sarrasin) ou alors une culture de fabacées (pois, haricots, fèves). Ca permettra de « recharger » un peu votre terre et ces cultures ne sont pas très exigentes.

      Bonne soirée et à bientôt pour d’autres commentaires aussi élogieux j’espère :)
      Romain.
      .

      1. Lillycat

        Hello Romain,
        J’ai eu le temps de regarder les sites de graines et plants que tu proposes et après réflexion, je vais suivre ton idée de renouveler et déménager mes fraisiers et de les remplacer par des pois. Je pense d’ailleurs commander les deux sur un site que tu plébiscites (Bonne Graine), je leur ai passé un coup de fil pour des renseignements et j’ai eu un accueil très sympa. Les prix sont corrects pour du bio, dommage que leur gamme ne soit pas plus large (ainsi que des fleurs) mais cela leur évite peut-être de trop se disperser.
        Merci pour les conseils.
        Bonne journée à tous
        Lillycat

        1. Romain
          Romain

          Salut Lillycat,

          Pour les fraisiers, le mieux c’est la troisième ou quatrième année de laisser pas mal de stolons se former. Juste avant de la déménager comme ça tu récupères plein de plants pour renouveler gratuitement ! Ou encore mieux mais ça demande pas mal d’organisation c’est de garder des stolons tous les ans et de remplacer les plus vieux toux les ans. Comme ça tu as à la fois des plants de 1 an, moins productifs, des plants de 2 ans en pleine production et de 3 ans qui commencent à décliner.

          La Bonne Graine, je le disais ils sont vraiment très sympas. C’est marrant je trouve leur gamme bien étoffée par rapport à bien d’autres sites. Mais c’est vrai qu’en fleurs, il y a moins qu’en légumes. Après ils ont régulièrement des nouveautés, ils sont encore un peu jeunes sur le marché !

          Content de t’avoir été de bons conseils :)

          A bientôt,
          Romain.

          1. Lillycat

            Hello Romain,
            Tu as tout à fait raison pour l’échelonnement des fraisiers. C’est ce que j’ai fait les premières années en donnant des dizaines de boutures à tout le monde, hélas, la dernière année, je n’en ai récupéré que 5 minuscules et je me suis retrouvé sans rien.
            Je prends note pour cette année, avec les nouveaux plants, de partir sur une durée de trois ans et non cinq.
            Bonne journée à tous
            Lillycat

  4. jardingue

    salut Romain;
    ma rotation ne va pas plus loin que ma mémoire immédiate,cad je ne fait juste pas deux fois de suite la même culture au même endroit .ce que je voudrais,sans trop savoir comment faire c’est mettre carrément la moitié du potager en jachère sur plusieurs année et intensifier la part cultivé.

    1. Romain
      Romain

      Salut Vincent,

      Merci pour ton partage :)

      L’idée de la jachère m’avait aussi séduit mais difficile à faire dans mon petit jardin. Du coup, je me contente de quelques zones ci et là de culture de luzerne et d’engrais verts qui tournent tous les 3-4 ans.

      A bientôt,
      Romain.

  5. Jean-Louis

    Salut Romain,
    De mon coté j’ai démarré une rotation la saison dernière et puis ça s’est compliqué en ajoutant les associations de plantes et un peu d’engrais vert (moutarde : problème de limaces lié ?). Et puis, cette année, je restructure mon potager (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !). Bon on va dire que l’an dernier était un peu un brouillon et que cette année je vais essayer de faire mieux.
    A + en espérant que l’on ne va pas avoir une année difficile (beaucoup d’eau ici).

    1. Romain
      Romain

      Salut Jean Louis,

      Je suis aussi adepte de la restructuration régulière :) Et puis c’est comme ça qu’on progresse, tu as bien raison ! Je serais curieux de voir des photos de ton potager cet été :)

      A+,
      Romain.

      1. Jean-Louis

        Bon , je ne promets pas (pour mémoire je suis un amateur en jardinage bio, débutant ) mais si le résultat est assez correct je veux bien passer quelques photos sur ton blog. Par contre , comment faire pour mettre des photos en ligne (je n’ai pas de site perso) ?

  6. France Aspiration

    Premier article aussi complet sur le sujet ! Merci pour vos indications, l’entretien du potager est toujours une mission périlleuse et extrêmement délicate :) Bonne continuation !

  7. Likanel

    Bonjour,

    Je viens de commencer à lire vos articles dans le but de mettre en place un potager dans mon jardin. Votre article sur les rotations est tout à fait intéressant et je préciserais que les légumes enrichissants sont à placer en début de rotation, du moins, c’est ce qui est préconisé dans un contexte agronomique.

    Je vous conseille la lecture de ce document qui est vraiment bien fait, plante par plante, et qui décrit les associations végétales si jamais vous ne l’aviez pas encore déjà lu ;)

    http://vk.com/doc191733077_170562518?dl=d3f8773b06806ba824

    Je vous remercie pour votre blog et son abondance d’articles tous très bien faits !

    1. Romain
      Romain

      Bonsoir,

      Merci pour vos compliments et ce document que je ne connaissais pas et qui est très intéressant :)

      Pour les légumineuses (enrichissantes), personnellement je les préconiserais plus à la fin d’une rotation car dans nos potagers lorsque l’on commence en général les sols sont suffisamment riches. Après comme son nom l’indique, une rotation ça tourne et ce qui est au début se retrouve à la fin selon par où on commence !

      Au final, peu importe comment on commence ou on termine pour peu que la rotation perdure (si l’on fait le choix de pratiquer la rotation bien sûr !)

      A bientôt,
      Romain.

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