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Mar 09

La rotation des cultures au potager : 8 points pour s’en passer (2/2)

PhacélieCet article fait suite à celui publié il y a peu où je rappelais rapidement comment fonctionnait la rotation des cultures. J’y laissais déjà transparaitre mon point de vue, mais je trouve que la rotation des cultures est extrêmement dure à mettre en place dans nos potagers et d’ailleurs, est-elle vraiment nécessaire pour nous? Du coup, je réfléchis depuis quelques temps à une méthode qui me permettrait de ne plus me soucier de cette rotation qui me casse la tête tous les ans ! =). J’essaie ici de vous exposer les principes que je compte appliquer dès cette saison pour ne plus avoir à pratiquer de rotation stricte.

 

Ce qui rend la rotation des cultures difficile dans un potager

Alors dans l’article précédent c’était la théorie et sa concrétisation, ça vous parait déjà obscur ? Et bien attendez de voir la mise en pratique ! Malheureusement, de nombreux problèmes se posent à ce stade.

  • Mes besoins ne sont pas forcément les mêmes selon les catégories choisies. En effet, que ce soit par besoin ou simplement par affinité avec certaines cultures, il est difficile de cultiver autant de surface de chaque type de légumes, pour reprendre l’exemple précédent. Entre les tomates (j’aime cultiver de nombreuses variétés) et les courges (qui demandent beaucoup d’espace) déjà pour les légumes fruits je dépasse largement mes besoins en légumes feuilles… Si je dois attribuer la même surface pour ces deux types, je devrais soit me restreindre en légumes fruits (impensable =) ), soit cultiver bien plus de légumes feuilles que nécessaire (quel gâchis).
  • La planification est très compliquée. Un potager n’est pas une monoculture, on doit jongler bien souvent avec plus de 20 espèces, sans parler des variétés. Quelque soit la méthode de rotation choisie, on n’aura pas un légume par catégorie, comment les répartir alors au sein d’une même planche ?
  • Jouer avec les associations. Même si nombre d’entre elles ne sont pas vérifiables, il en est certaines qui ont fait leur preuve. J’ai par exemple remarqué que les courgettes appréciaient la présence des haricots, comment les associer si j’opte pour une rotation par famille botanique ?
  • Prendre en compte les vivaces. Alors là, celui qui trouve comment effectuer une rotation annuelle des cultures vivaces je lui tire mon chapeau !

 

Fleur d'artichaut

L’artichaut, une vivace pas facile à inclure dans une rotation.

 

Quelle position adopter en tant que jardinier ?

Alors la rotation des cultures, c’est bien ou c’est pas bien ? Qu’est-ce que je dois faire dans mon potager, allez-vous me dire ? Là dessus, mon conseil serait, ne vous en faites pas avec une rotation psychorigide. Adoptez les pratiques avec un peu de bon sens !

L’épuisement des ressources du sol n’est pas un argument en faveur de la rotation des cultures dans un potager bien mené. Le sol ne s’épuise pas de manière radicale, à moins d’être maintenu fertile à grands coups d’engrais minéraux. Pour peu que la vie du sol soit préservée dans votre potager, avec des pratiques respectueuses et une non utilisation de produits chimiques, alors le sol sera très stable et conservera longtemps les minéraux que vous lui apportez. Bien sûr, cela implique de mettre en place une fertilisation réfléchie. Alors pour résumer, on peut se passer de la rotation des cultures pour ce qui est de l’épuisement du sol avec deux principes très simples :

  • Une vie du sol préservée (travail du sol limité, non utilisation des pesticides, engrais minéraux, …)
  • Une fertilisation réfléchie (là-dedans je mets toutes les pratiques qui contribuent à l’enrichissement et l’aggradation du sol : compostage de surface, mulching, paillis, engrais vert, BRF, …)

 

Compost

 

Le second argument est plus difficile à contredire, même dans un petit potager. Il est vrai que faire une monoculture de pommes de terre, d’années en années, augmente le risque de voir surgir certains parasites ou certaines maladies. Parasites et maladies de plus en plus nombreux et redoutables au fil du temps. Alors comment éviter ceci même avec une rotation limitée ? Voici quelques pistes que j’applique jusque-là avec succès :

  • Limiter les risques d’apparition de parasites ou maladies en jouant avec les associations de plantes (plus faciles à mettre en place à mon sens que la rotation). Attention, je ne parle pas ici forcément des associations dites bénéfiques. Car si certaines ont fait leurs preuves (carottes/poireaux par exemple) d’autres restent très obscures ! Non, je parle ici d’éviter de cultiver des parcelles entières d’un même légume mais opter plutôt pour un méli-mélo de mini-parcelles (par exemple de 70x100cm). Cette répartition des légumes en mélange avec des fleurs et aromatiques est souvent très efficace pour brouiller les pistes. Je l’ai remarqué avec les choux et la terrible piéride. Dès lors où j’ai commencé à mélanger mes choux à d’autres cultures, j’observais nettement moins d’attaques et lorsqu’il y en avait, elles étaient très localisées et plus facile à enrayer donc. Pourquoi ? Eh bien parce que la piéride trouve principalement les choux au hasard. Le papillon virevolte et se pose régulièrement sur les plantes alentours, s’il s’agit d’un hôte potentiel il pond sinon il repart, etc. Dès lors que vos choux sont isolés, les chances pour la piéride de tomber sur un hôte chutent brutalement.
  • Ne pas laisser un parasite/maladie s’implanter durablement. Bien entendu, cela demandera une certaine attention mais rien d’extraordinaire, le but étant d’agir rapidement. Si l’on trouve des pontes de piéride sur un chou pour reprendre l’exemple précédent, on les écrase tout de suite et on n’attend pas qu’ils éclosent.
  • Enfin, si malgré tout l’un de vos légumes subit une attaque massive et bien pensez tout simplement à ne pas en remettre au même endroit avant quelques années.

Une question de bon sens tout cela !

 

Pour résumer, une méthode pour se passer de pratiquer la rotation des cultures

J’espère que vous y voyez déjà un peu plus clair, mais je vais tenter d’être encore plus synthétique en vous proposant une manière de vous éviter la corvée d’une rotation compliquée.

  • Ne pas cultiver de grandes planches en monocultures, mais préférer cultiver en mini-parcelles pour profiter de l’effet bénéfique de la biodiversité.
  • Pratiquer l’association plutôt que la rotation qu’elle soit spatiale, ce qui revient globalement au point précédent, ou bien temporelle, par exemple après une culture de tomates on sème des fèves on pourra alors en mai récolter les fèves et mettre une nouvelle culture de printemps (qui pourra d’ailleurs être tomates, c’est pratique pour la culture sous serre notamment)
  • Ne pas remettre un même légume au même endroit si l’on observe une maladie l’année précédente
  • Fertiliser intelligemment
  • Favoriser la vie du sol et les équilibres écologiques (ne pas utiliser de produits chimiques ni d’engrais minéraux)
  • Faire de la place aux fleurs et aromatiques dans le potager. Je le dis souvent mais les fleurs au potager ont un pouvoir à ne pas négliger. Outre le fait qu’elles améliorent l’esthétique, nombre d’entre elles auront un réel intérêt pour nos cultures de légumes soit en attirant des insectes bénéfiques (pollinisateurs, prédateurs de ravageurs), soit en émettant des substances néfastes pour les ravageurs (tagètes nématicides par exemple) ou encore en constituant des barrières physiques (les cosmos vont gêner le vol de la piéride et l’empêcher d’approcher des choux). Si vous avez un petit potager et que vous ne souhaitez pas allouer autant d’espace aux fleurs, alors tournez-vous vers les aromatiques qui remplissent tout à fait ce rôle et plutôt que de les cultiver toutes ensemble, dispersez les au potager.
  • Intégrer les engrais verts. Souvent, les engrais verts on les réserve pour la fin, pour combler les espaces inoccupés dont on ne sait que faire et finalement on trouve toujours une culture à mettre à la place. Nous sommes nombreux à avoir envisagé les engrais verts de cette manière, moi le premier. Mais depuis quelques temps maintenant, j’ai radicalement changé depuis que j’ai observé leurs bienfaits. Les engrais verts sont à planifier en premier !
  • Diversifier les cultures. Il faut parfois apprendre à sortir des sentiers battus et cultiver autre chose que les traditionnelles carottes, courgettes, haricots, tomates et salades ! Vous gagnerez à cultiver d’autres sortes de légumes, qui vous apporteront des saveurs nouvelles et participeront à faire de votre potager un écosystème en équilibre ! Sacrifiez un peu votre culture de carottes pour mettre quelques panais ou bien quelques rutabagas. A priori, vous n’aimez pas ça et vous n’y voyez pas d’intérêts à les cultiver ? Faites l’essai et vous changerez peut être de regard. Manger ces produits frais, que l’on a fait pousser soi-même les rend bien meilleurs !

 

Récolte de panais

Des panais, pour changer des carottes !

Alors et vous, quelle est votre position vis-à-vis de la rotation des cultures ? La pratiquez-vous ? Et comment ?

5 commentaires

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  1. Jean-Louis

    Salut Romain,
    De mon coté , je démarre une rotation des cultures cette année ! Mais je confirme le coté prise de tête. En fait je pratique : rotation + association+ paillis+compost+engrais vert (en forte réflexion). Je crois que, de toute façon, une méthode appliquée de manière psychorigide au jardin ne serait pas une bonne démarche. N’oublions pas que pour s’améliorer il faut tester différentes choses et d’en tirer des leçons.
    Bonne journée à tous.

    1. Romain
      Romain

      Salut Jean Louis,

      Et bien, toutes les composantes d’un potager au naturel sont réunies ! C’est très bien :). Avec ça tu devrais avoir un superbe potager mais je confirme le côté prise de tête. Et n’oublie pas que pour progresser il faut aussi partager ses expériences, si tu vois où je veux en venir ^^. Mais je te fais confiance, tes retours d’expérience sont toujours présents et instructifs ! Un jour tu devrais venir écrire ici. Voire même ouvrir ton blog?

      A bientôt,
      Romain.

  2. Lillycat

    Hello Romain,
    très bel article, concis et bien argumenté. On sent le vécu. Même casse tête chez moi, surtout dans un petit jardin mais au fil des années, je m’aperçois que laisser son instinct décider m’apporte souvent bien des solutions heureuses. (Bien sûr, je lis quand même beaucoup d’articles dont les tiens….)
    Quand je suis perplexe sur une plantation, je m’assois dans mon jardin, à même le sol, et je regarde. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’un jardin parle mais quand même, l’évidence est souvent sous les yeux, faut juste se poser quelques instants et écouter.
    C’est peut-être ça avoir la main verte.
    Dans mon petit jardin, je mélange fleurs annuelles, vivace, arbustes, aromatiques, légumes et 1 petit bassin, par goût et manque de place. C’est un peu comme une grande famille, pas toujours simple de mettre tout le monde dans la même pièce! Je recherche toujours une sorte d’équilibre d’ensemble qui mêle le bon sens et l’observation (poireau-carotte, exemple bien connu) mais aussi une sorte d’équilibre dans les couleurs et les tailles. Et je remarque que quand le jardin est beau, que tout pousse en même temps, que les teintes sont harmonieuses et les équilibres respectés, tout va tout seul.
    J’espère ne pas paraître trop irrationnelle (surtout dès le lundi matin!!!)
    Merci pour tes articles :-)
    Bonne journée à tous
    Lillycat

  3. Gilles

    Salut Romain,

    Je ne devrais pas le dire, mais je partage assez ton point de vue…Aïe ! certains collègues maraîchers vont me casser du sucre sur le dos !
    Bon, en fait, je pars sur une base de rotations en 6 ans : fruits, feuilles, racines, fleurs, pommes de terre, repos…chacune de ces parcelles étant divisée en 2 (légumes gourmands/légumes peu exigeants – avec une alternance, par exemple : légumes fruits gourmands (tomates, concombres, courges….) puis légumes feuilles peu exigeants (salades, mâche) et de l’autre côté légumes fruits peu exigeants (fèves/pois) suivi de légumes feuilles plus exigeants(choux, épinards…)…ça peut en effet sembler un peu complexe, mais on prend assez vite le pli, à condition de tout noter !
    Bon, ça c’est ma base théorique de travail ; mais après, je suis très souple, notamment pour permettre des associations : les salades se baladent un peu partout ; les fèves ou pois par exemple se retrouvent souvent en zone fleur (tout simplement parce que la parcelle est libre), quelques choux au pied des tomates, des aromates éparses. Bref j’adapte sans souci au gré des possibilités et de mes envies
    Toujours est-il que tu as 100 % raison en disant qu’en appliquant les différents principes que tu énumèrent, à commencer par une fertilisation organique équilibrée, les rotations ne sont absolument pas indispensables.
    Vivement la retraite que je puisse à nouveau m’éclater sur de petites surfaces !
    Je te souhaite un très bon début de saison au jardin ainsi qu’à tout tes lecteurs.
    Amitiés,
    Gilles

    1. Romain
      Romain

      Salut Gilles,

      Merci pour ton partage, ton expérience est toujours très enrichissante ! Mais il est vrai que nous sommes loin d’avoir les mêmes contraintes que toi et qui t’obligent à être bien plus rigoureux que je ne le serais probablement jamais.

      Au plaisir de te lire à nouveau,
      Romain.

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