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Mar 13

Test de la culture sur bottes de paille

Aujourd’hui je suis très flatté de publier un article rédigé par Joseph Chauffrey. Vous avez peut être loupé ses exploits, mais l’année dernière ce jardinier permaculteur s’est fait connaître grâce à la production de 300 kg de fruits et légumes sur une surface de … 150 m² ! De quoi donner de l’espoir à tous les jardiniers urbains devant s’accommoder de petites surfaces. Bon assez parlé, je lui cède la parole pour qu’il nous livre son retour sur une technique qu’il a expérimenté l’année dernière : la culture sur bottes de paille. N’hésitez pas à lui laisser un commentaire à la fin de votre lecture pour le remercier ou discuter de cette méthode avec lui. De mon côté, je le remercie grandement d’avoir accepté mon invitation !

 

clip_image004Le milieu urbain est parfois contraignant pour le jardinier qui voudra s’essayer à la production de quelques légumes. Espaces réduits, surfaces minéralisées, terre de mauvaise qualité…

La culture sur botte de paille est une technique qui, à première vue, facilite la création d’un potager. Aucun apport de terre, bottes facilement déplaçables (environ 12 kg) et support de culture très économique (+/- 2 € par botte).

J’ai testé cette technique de culture durant l’été 2015. Je vous en livre mes premières impressions qu’il conviendra de prendre avec précautions.

Pour m’initier à cette pratique je me suis inspiré de l’ouvrage de Joël Karsten, Le jardinage sur bottes de paille, aux éditions Rustica. La technique de culture décrite dans cet ouvrage fonctionne sans nul doute. L’apport d’engrais azoté et le détrempage des bottes durant 10 jours doit permettre le démarrage du processus de décomposition de la botte, avant de pouvoir réaliser les semis ou plantation le 12ème jour.

Cependant, cette technique me « dérange » en raison de la très grande quantité d’engrais qu’elle mobilise. Joël Karsten préconise en effet d’apporter sur chaque botte :

  • 660g d’engrais azoté minéral à 20 % d’azote minimum (soit 130 g d’azote par botte)

ou bien

  • 2700 g d’engrais organique (type sang séché). (soit 350 g d’azote par botte, le sang séché contenant environ 13 % d’azote).

A moins que mes calculs s’avèrent inexactes (ce qui est tout à fait possible !) je relève une incohérence dans ces proportions. J’aurais pour ma part eu tendance à ajouter environ 1000 g (et non 2700 g) d’engrais organique à 13 % pour atteindre les 130 g d’azote préconisés.

Pour expérimenter une alternative à cet apport important d’engrais du commerce, j’ai remplacé l’engrais par de l’urine, qui possède un N/P/K d’environ 1/0.2/0.2. Un litre d’urine contient donc en théorie 10 g d’azote (assez variable cependant). Pour atteindre les 130 g d’azote nécessaires par botte, il faudrait donc …13 litres d’urine par botte.

 

Sur ce sujet, vous pouvez lire un très bon rapport qui fait le bilan d’expériences d’utilisation de l’urine comme engrais : http://www.ecosanres.org/pdf_files/EcoRanRes_Urine_Guide_FRENCH_111026.pdf

 

J’ai pris soin de ne pas stocker l’urine pour les raisons qui sont décrites sur le site http://www.eautarcie.org/index-fr.html. Le dégagement d’ammoniac (et donc les odeurs) apparait en effet lors du stockage. Par ailleurs, l’auteur du site précise que pour éviter la minéralisation de l’azote contenu dans l’urine (minéralisation sous forme de nitrate, source potentielle de pollution), l’urine doit être mélangée le plus rapidement possible à de la matière végétale carbonée.

 

Apport d’azote

J’ai réalisé le test de la manière suivante. Sur 3 bottes de paille placées côte à côte, j’ai apporté les éléments nutritifs suivants :

  • Botte 1 (à gauche sur les photos) : 30 litres d’urine + 100 g de cendres pour le phosphore.
  • Botte 2 (au centre) : 15 litres d’urine + 100 g de cendres
  • Botte 3 (à droite) : 640 g d’un engrais minéral pour gazon (N/P/K de 20/5/10). Cette botte 3 représente la botte témoin, conduite comme le préconise l’ouvrage de M.Karsten.

 

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Plantation

Sur chacune de ces bottes j’ai planté : 2 pieds de tomates cerise + 1 pied de courge. Les plantations ont toutes été réalisées le 10 avril 2015.

Les photos illustrant l’article présentent l’évolution des bottes, le 6 avril 2015 lors de l’installation des bottes au jardin (ci dessus), le 14 juillet (photo en-tête), ci dessous respectivement le 23 août et le 2 octobre juste après la récolte des dernières tomates et l’arrachage des pieds.

 

Résultats

Les résultats (en termes de production) sont bons. Les tomates cerise ont été extrêmement productives sur l’ensemble des 3 bottes. Les courges en revanche l’ont été beaucoup moins. Je n’en ai récolté qu’1 à 2 par pied ce qui est relativement faible. Le manque d’azote est-il en cause ? Je ne crois pas. Je pense en premier lieu que les tomates ont envahi les courges, perturbant fortement leur croissance.

 

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J’ai en revanche constaté que les pieds de tomates des bottes fertilisées à l’engrais ont « dégénéré » plus rapidement que les autres. On observe sur la photo du 23 août (ci dessus) que les tomates de la botte de droite sont déjà en fin de vie, alors que celles des autres bottes continuent à produire en quantité. Je ne l’explique pas avec certitude. Je soupçonne simplement les tomates des bottes de gauche d’avoir développé des racines dans la terre, au travers de la botte…ce que ne pouvaient pas faire les pieds de tomates de droite, étant surélevés sur une autre botte. Je serai vigilant cette année à recommencer l’expérience en disposant un plastique sous les bottes, afin de simuler une dalle béton, un balcon ou un toit.

En tout état de cause, les bottes fertilisées à l’urine ont donné de bons résultats, au moins équivalents à la botte fertilisée à l’engrais minéral. Je n’ai en revanche pas constaté de différence entre les 2 bottes fertilisées à l’urine (respectivement 15 et 30 litres d’urine).

A l’heure où j’écris ces lignes, l’hiver se termine et les bottes restées au jardin sont très dégradées. Elles compostent depuis déjà plusieurs mois et se sont affaissées de plus de la moitié de leur hauteur. L’ouvrage de M.Karsten indique qu’il est possible de réutiliser les bottes deux années de suite, je doute pour ma part de réussir à le faire. Elles finiront certainement en paillage entre les rangs des premiers légumes primeurs !

 

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Conclusion

Je n’affirme aujourd’hui en rien qu’il est pertinent de fertiliser à l’urine, ni ne remets en cause la méthode proposée dans le livre de Joël Karsten, je propose simplement un retour d’expérience que j’affinerai cette année.

Les résultats me paraissent encourageants mais l’expérience demande à être renouvelée dans de nombreuses situations pour gagner en précision.

Il me semble que les bottes de paille peuvent représenter une bonne alternative au transport de terre lorsqu’il s’agit de cultiver « hors sol », même si, dans le cadre d’une démarche permaculturelle, le déplacement de matière organique peut questionner, tout comme l’utilisation comme support de culture d’une matière qui entre en concurrence directe avec l’alimentation animale et qui nécessite beaucoup de surface pour être produite.

Je vous invite à tester cette pratique et à me faire part de vos retours d’expérience.

 

Contact

Pour découvrir le jardin, rendez-vous sur :

Ma page Facebook : Joseph Chauffrey Jardin Urbain Permaculture

Ma chaine Youtube : Joseph Chauffrey

Pour me contacter par mail : josephchauffrey@wanadoo.fr

 

6 commentaires

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  1. Isa d'Ecolo-bio-nature

    Bonjour,

    La technique des bottes de paille est excellente à condition de trouver des bottes de paille bio, ce qui est très difficile. Je rappelle que la blé est une des plantes les plus traitées donc la paille contient énormément de pesticides. Idem pour l’urine, c’est un excellent engrais à condition de ne pas prendre de médicaments que l’on retrouve directement dans les urines et donc ensuite dans le sol. Attention également à l’engrais gazon, non bio.

    Amicalement,
    Isa d’Ecolo-bio-nature
    Isa d’Ecolo-bio-nature Articles récents…Les oiseaux, auxiliaires indispensables au jardinierMy Profile

    1. Jean-Louis

      Bonjour,
      Je ne peux qu’approuver le commentaire d’Isa ci-dessus; c’est pratiquement celui que je voulais faire.
      Cordialement

    2. Jardinerfuté

      Salut,

      J’allais moi aussi faire un commentaire qui en substance est le même que celui qu’on retrouve plus haut.
      Jardinerfuté Articles récents…{livre} Permaculture – Guérir la terre, nourrir les HommesMy Profile

  2. Cote Cloture

    La technique des bottes de pailles est une technique que je ne connaissais pas ! Merci de m’avoir appris quelque chose :) Et très bon article explicatif

  3. bla

    Je pense qu’il ne faut pas trop se faire de soucis quant à la concurrence pour l’alimentation animale. Le foin est en effet un aliment, la paille n’est qu’un « déchet » de culture du blé, qui peut servir par commodité de litière, mais pas d’aliment pour le bétail.

  4. moreau

    En effet, trouver de la paille bio impossible ici (Isère) de plus l’histoire ne dit pas comment on obtient 30 litres d’urine sans l’avoir stockée ??? chris

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